James Weldon Johnson et l'ex-homme de couleur

Informations

  • Genre: : Roman
  • Supports: : Livre papier
  • Pages: : 184
  • Format: : 14x23 cm
  • ISBN: : 9782371270442

Autobiographie d’un ex-homme de couleur

Présentation de l'ouvrage

TRADUCTION DE FLORENCE CANICAVE

Les pérégrinations du personnage métis de ce roman dont on ne connaîtra jamais le nom, révèlent des univers réjouissants et terribles du début du XXe siècle, aux États-Unis et en Europe. Sa quête d’identité le pousse à explorer l’Amérique Nègre où il cherche sa place. Habité par le ragtime, il fréquente boîtes de nuit et salles de jeux, se fait embaucher comme « effeuilleur » puis lecteur dans une manufacture de cigares, accompagne un milliardaire en Europe où il préfère Paris à Londres, avant que ne le rattrapent son questionnement incontournable sur sa couleur de peau et l’obligation de choisir…
ENFIN DISPONIBLE EN FRANÇAIS, ce roman de 1912 est un des textes fondateurs de Harlem Renaissance, au même titre que Les Âmes du Peuple noir de W.E.B. Du Bois.
James Weldon Johnson y démontre qu’il ne peut y avoir d’image unique des Afro-américains, tout comme il ne peut y avoir d’image unique de l’Amérique. À peine cinquante ans après l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, un défi exaltant, d’une grande modernité.

Portrait  de James Weldon Johson
James Weldon Johnson

L’auteur

Autobiographie d’un ex-homme de couleur est l’histoire fictive d’un homme dont on ne connaîtra jamais le nom, partagé entre deux races, et qui grandit dans les États-Unis d’après la Reconstruction (1865-1877). Ses pérégrinations tiennent autant au récit initiatique qu’à la quête d’une identité, symbolique au final de toute l’Amérique Nègre. Entraîné à travers le pays, puis l’Europe et retour, il devient témoin d’un lynchage dans le Sud qui le décide à « passer » pour blanc. S’étant ainsi assuré sécurité et opportunités d’avancement social, il reste convaincu d’avoir renoncé à la meilleure part de lui-même, comme à ses rêves de « glorifier » la race Nègre en rendant classique sa musique emblématique à l’époque : le ragtime. En dépit de son titre, le livre est bien un roman, exemple captivant de roman à clef, où l’auteur utilise un personnage sans nom pour transmettre anonymement son vécu et ses interrogations sans révéler son identité réelle, en l’occurrence celle d’une personnalité publique connue et engagée. L’auteur publiera des années plus tard sa véritable autobiographie : Along This Way.

 

Le point de vue de la traductrice Florence Canicave

Difficile de comprendre que ce texte majeur n’ait jamais été mis à la disposition du public français : sa première parution, anonyme, date de 1912. Elle établit ce livre comme un des textes fondateurs de Harlem Renaissance, au même titre que Les Âmes du Peuple noir de W.E. Du Bois. Dans ce premier ouvrage, Johnson fait preuve d’une maîtrise et d’une ampleur de vue qui sont à la fois stupéfiantes pour un premier livre, mais aussi caractéristiques du personnage. L’auteur use ici des procédés sophistiqués du roman à clef pour proposer « la première présentation complexe et équilibrée de la race entière, embrassant l’ensemble de ses divers groupes et éléments, et montrant leurs relations les uns avec les autres et avec les Blancs« . Un défi digne des plus grands… Ce roman démontre que rien de tel qu’un « concept idéal et exclusif littéraire du Noir américain » n’existe. Il ne peut y avoir d’image unique des Afro-américains, tout comme il ne peut y avoir d’image unique de l’Amérique. Cette idée libératrice incita une nouvelle génération d’auteurs — parmi lesquels Claude McKay, Zora Neale Hurston, Langston Hughes — à écrire de la fiction autobiographique, élargissant ainsi largement la variété de l’expérience noire telle qu’elle est décrite en littérature. Sortir par la singularité des vécus de chacun de l’ornière de la ségrégation. Appartenir à une universalité à laquelle Johnson accède d’emblée par le langage musical, quand cette dimension reste à conquérir en littérature. Un roman du tout début du XXe siècle à mettre en perspective avec les événements de ce début de XXIe.

À lire absolument en écho passionnant à celui-ci :

Sables mouvants de Nella Larsen, un autre merveilleux roman métis de la collection Harlem Renaissance.

Sables mouvants, roman autobiographique de Harlem Renaissance traduit à La Cheminante

James Weldon Johnson

Écrivain, poète, musicien, diplomate et militant de la cause Nègre, James Weldon Johnson (17 juin 1871 – 26 juin 1938) fut l'une des figures majeures de Harlem Renaissance. Véritable esprit universel, sa vie et sa carrière se lisent comme une succession d’exploits pionniers, qui le placent à l’avant-garde de l’avancement des Afro-américains, tant au niveau social et politique que culturel : - premier Afro-américain à passer le barreau en Floride, - auteur de la première anthologie de poésie afro-américaine en anglais : The Book of American Negro Poetry (1922), - co-auteur, avec son frère et collaborateur, de la première collection de chants sacrés noirs : The Book of Negro Spirituals (1925), - premier secrétaire exécutif noir de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), etc. Une des personnalités incontournables pour comprendre le phénomène Harlem Renaissance, Johnson est aussi l’auteur, entre autres, de ce qui devait en venir à être considéré comme "L’Hymne National Nègre" : "Lift Ev'ry Voice and Sing", devenu l'hymne afro-américain.

3 Avis

  1. bernard - at - - répondre

    Emporté par la lecture mais saisi d’un doute, on revient plusieurs fois à la quatrième de couverture : « … cette oeuvre de 1912″ !
    A la dernière page, que l’on atteint avec regret, on voudrait crier haut et fort que la lecture de ce roman aurait du être « obligatoire », dès sa sortie et pour toujours, si ce n’était pas faire par là insulte à la liberté d’esprit de son auteur.
    Tant de plaisir à lire un texte qui « surfe » sur des sujets aussi graves, c’est rare.

  2. Carthé Anne-Marie - at - - répondre

    Magnifique roman !
    Immédiatement, dès les premières phrases, le lecteur ne peut que s’attacher au personnage, qui restera dans ses pensées, après qu’il aura terminé sa lecture.
    Au fil des pages, nous pouvons avoir tendance à prévenir, à avertir le protagoniste, de ce qu’il pourrait lui arriver s’il se comportait de telle ou telle autre façon, afin de le protéger… Ce qui est évidemment impossible, voire surréaliste ! Et la lecture va son chemin, redoutant ou se laissant surprendre par ce qui arrive. Nous sommes dans l’histoire et plus rien n’existe autour… c’est cela un livre qui colle aux mains !
    Personnage attachant, qui « réfléchit sur notre relation au monde en général ». (Page 38)
    L’histoire nous incline à nous mettre dans la peau du personnage et à ressentir les tourments qui le traversent, les chocs qui le bouleversent, les questions récurrentes sur le sentiment « d’être différent ».
    La lecture et la musique (ragtime) offrent au narrateur ses principaux repères.
    Des sentiments de douceur, de tension, d’empathie, de révolte, de surprise et de bonheur jalonnent la lecture.
    Jusqu’au bout nous espérons pour le personnage, jusqu’au bout nous nous demandons si… jusqu’au bout nous sommes à la fois pressés de connaître la fin et triste de tourner les dernières pages, car l’écriture est belle, dense, la réflexion profonde sur la « question raciale » qui est au cœur du roman.
    L’auteur interroge les tournants de la vie, les situations de celle-ci qui sont décisives pour saisir la chance qui ne se présentera pas deux fois, et la malchance aussi qui fait que ces chemins nous mènent vers l’improbable.
    Les descriptions d’atmosphères des lieux, de l’antre des villes sont superbes et nous ressentons les ambiances caractéristiques d’endroits particuliers. C’est tout simplement superbe.
    Le roman pointe d’une façon subtile et précise aussi, comment les vies peuvent basculer, dans le drame ou le bonheur.
    Ce roman de 1912, aurait pu être écrit en 2016…
    Un grand merci aux éditions La Cheminante et à Florence Canicave pour son excellente traduction.
    Anne-Marie Carthé

  3. Jean-Louis Lesbordes - at - - répondre

    J’ai trouvé ce texte très beau, très actuel. On s’attendrait presque à ce que le héros nous dise qu’il est conseiller culturel de Barack Obama. Et pourtant ce livre a été écrit il y a plus de 100 ans. Il y a là toutes les nuances, toutes les réflexions autour du rapport racial aux États-Unis. Une analyse universelle, avec les ambiguïtés du narrateur qui hésite entre proclamer son état de Noir ou le cacher. C’est un petit bijou avec des phrases qu’on aimerait garder en mémoire : « Ce n’est pas un déshonneur d’être noir mais c’est souvent très gênant » p. 128. « La conscience de la race vient de l’extérieur. » p.175 et surtout une très belle phrase : « Tes bras sont trop courts pour te battre contre Dieu. » Un vrai régal. A lire absolument.

Laissez un avis

*

20,00 € TTC