Couverture D'EBENE ET D'OR

Informations

  • Genre: : Roman
  • Supports: : Livre papier
  • Pages: : 280
  • Format: : 14x19 cm
  • ISBN: : 978237127435

Présentation de l'ouvrage

Roman de Jean-Louis Lesbordes aux éditions La Cheminante
Portrait de l’auteur du roman D’ébène et d’or

Avoir un père à la vie romanesque suffit parfois à donner
vie à un écrivain, surtout quand toutes les conditions sont réunies :
période historique, voyage au long courschoc des cultures.
Ce père ébéniste, né en 1900 au cœur des Landes
dans un milieu modeste, épouse le siècle
dans son déploiement colonial en Afrique,
traversant les deux guerres mondiales,
sans jamais se départir de ses valeurs profondes :
l’amour du travail, une équité et un quant-à-soi indéfectibles,
n’acceptant aucune compromission.
L’Afrique lui offre ébène et or, mais le plus précieux des trésors
est sa rencontre avec Madeleine, métisse gabonaise,
futur mère de ses enfants…
Un métissage dont hérite son fils Jean-Louis Lesbordes
livrant dans ce roman sa part africaine,
dans une verve délicieuse, pleine de tendresse,
sagesse et humour.

Un roman à lire

C‘est l’histoire romancée de Jean Lesbordes, père de l’auteur, natif des Landes en 1900, aîné d’une famille modeste de quatre enfants, où le travail est valeur suprême. Chef de famille à quatorze ans au tout début de la première guerre mondiale, il débute comme apprenti ébéniste, formé par un vieux compagnon et fabriquera des hélices d’avion à Paris en 1917 chez Blériot, le héros de son enfance.
Pour mieux gagner sa vie, départ pour le Gabon en 1925, où il fait de la prospection de bois précieux en forêt pendant des années, puis reviendra en France exercer son métier d’ébéniste auprès des siens.
Cependant, la mobilisation lors de la seconde guerre mondiale le ramène au Gabon où il devient chercheur d’or à Lambaréné, y épouse, contre l’avis de tous, Madeleine une métisse gabonaise qui lui donnera quatre enfants et qui aura deux enfants hors mariage dont une fille noire. Jean apportera à chacun d’eux le meilleur de lui-même. Les enfants seront élevés au Gabon puis en France, sous la houlette de Marthe, la sœur de Jean et le regard attendri de Madeleine qui ne s’habituera jamais au climat européen.
C’est l’histoire de la transmission du savoir et des valeurs, de la générosité, à une époque rude, où l’on construisait le monde avec foi dans l’avenir.

 

LE POINT DE VUE DE L’ÉDITRICE

Une vie romanesque mérite d’être romancée, surtout lorsque celui qui s’y attelle a hérité d’une identité familiale gascon-gabonaise joviale, profonde, généreuse, courageuse et pleine de tendresse qui rapproche singulièrement sa plume d’un Marcel Pagnol et d’un Giono, et offre de remarquables instants de grâce littéraire et humaine. C’est la Gloire de mon père, revisitée sur le continent africain colonisé. Ce paternel, qui conserve lui aussi toutes les valeurs fondatrices de sa culture d’origine et ne s’en laisse pas conter sur ce qu’il faudrait penser des Noirs, fait de lui un personnage sobre et attachant. D’ébène et d’or est aussi une part de notre histoire nationale, dépeinte sans complaisance, ni jugement. Un récit détaillé de la vie coloniale en Afrique, avec la présence impérieuse d’une nature rude au cœur de la forêt tropicale. Au passage des clins d’œil au docteur Schweitzer (Prix Nobel de la Paix en 1952), côtoyé par Jean Lesbordes. Au final, une œuvre littéraire remplie d’humour et d’une immense affection pour conter ce père héroïque, transformé dans l’âme et le cœur de son fils en une passion pour l’amitié, ici et maintenant, et au-delà, entre les peuples. Un roman qui procure un grand et simple plaisir de lecture. Réjouissant.

 

EXTRAIT DU ROMAN

« Cette année-là, j’étais encore à la petite école, à Mont-de-Marsan. Je jouais aux cartes avec ma soeur, près du singe et du perroquet témoins de nos jeux, et je gagnais. Mon père à l’atelier tout proche, était de mauvais poil. Il avait hurlé : « Madeleine ! » Ce qui laissait à ma mère au moins dix secondes pour arriver. Comme le vieux colonial qu’il était, il savait commander. Il avait depuis le matin une filaire, un parasite ramené d’Afrique. On voyait, comme un cheveu, de trois ou quatre centimètres de long, serpentant sous la peau. Avec une rougeur qui depuis le lever du jour se déplaçait lentement, entraînant une furieuse envie de gratter. Là, la filaire était juste à l’angle de la paupière et elle entraînait une démangeaison telle que mon père s’en serait arraché l’oeil. Il demanda à ma mère ce qu’elle pouvait faire. C’était une jeune métisse gabonaise dont la propre mère était guérisseuse au fond de la forêt vierge, alors…

– Là-bas, tous les infirmiers savent extraire les filaires avec une lame de rasoir, insista mon père.

Ma mère, maman Madeleine, déclara son incompétence ce qui ne la fit pas monter dans l’estime paternelle. Probablement un peu vexée et voulant apporter sa science au service du monde civilisé, elle proposa le traitement traditionnel du village. Elle s’activa dans la cuisine, prit un oignon, l’éplucha en pleurant, en sortit le jus. Munie d’un compte-goutte, que nous avions à disposition pour tous les maux – écoulement nasal, purges, traitement des maladies des poules –, elle aspira le liquide qu’elle avait préparé. Mon père impatient, assis sur les marches de l’atelier, son béret sur le genou, se grattait furieusement l’oeil, passant sa main libre sur son crâne dégarni.Elle s’approcha et lui demanda d’ouvrir grand ses yeux. Avec une docilité inhabituelle, il s’exécuta. C’est alors qu’elle lui mit une goutte de jus d’oignon sur l’oeil malade. L’effet thérapeutique fut immédiat : mon père se leva de la marche où il était assis, jeta son béret, fit une course très rapide sur quatre pas et hurla des choses que les enfants en bas âge ne sont pas supposé connaître. J’entendis des : « Putain ! Oh putain ! » Avec des noms où il était question de vierge, de merde, de putain à nouveau. La litanie fut longue et je n’en retins pas tout. Sauf qu’au lieu de plaindre mon père (ma compassion devait à l’époque être sélective, mais je ne le savais pas), je partis d’un fou rire qui eut le don de l’exaspérer. Il lança vers moi son béret avec fureur, en continuant sa liste de jurons. L’Occident n’était pas reconnaissant à l’Afrique novatrice. Ma soeur fut effrayée : elle en pleura à chaudes larmes. Je ne sus quel parti elle prenait mais mon rire survécut au vol du béret. Mon père apaisa sa souffrance en se rinçant l’oeil sous le robinet près de l’atelier, marmonnant encore des mots qui se bousculaient. Je crois que de filaire on ne parla plus. Avait-elle disparu ? Pouvait-on en conclure que la médecine africaine était efficace ? Que les Indigènes étaient plus résistants et plus courageux que les Blancs ? Je ne sais pas. Ce qui prouve que la vérité scientifique est dure à établir. J’en ris longtemps. Ma soeur en cauchemarda plus longtemps encore. De là vient peut-être ma vocation de médecin. Sait-on jamais ? »

ARTICLE ETUDES D'EBENE ET D'OR

Author

Jean-Louis Lesbordes est né en 1947, au Gabon, élevé à Mont-de-Marsan, très marqué dans son enfance par la vie d’Albert Schweitzer que son père avait longtemps côtoyé. Devenu médecin des hôpitaux des Armées, il a passé dix-sept ans de sa vie en Afrique, en alternance avec des affectations en France (Val de Grâce, Toulouse, Cherbourg). Il a soigné des milliers de dénutris lors de grandes famines au Niger en 1973-1976, a décrit et pris en charge le SIDA à Bangui , 1981-1987 quand c’était une réalité ignorée, a décrit des hépatites virales mortelles en quelques heures, inconnues jusque-là, a travaillé en plus de ses activités hospitalo-universitaires à la promotion de la santé à Madagascar (1990-1995) avec lancement de bandes dessinées, émissions de radio et film sur le SIDA. Après avoir publié des dizaines d’articles scientifiques, il se penche avec émotion sur l’histoire de son père. Il exerce désormais à Saint-Jean-de-Luz. Révélation d'un grand talent de conteur dont on peine à quitter le roman envoûtant et joyeux "D'ébène et d'or".

7 Avis

  1. Alain - at - - répondre

    A peine acheté, je le lis d’une traite.
    Roman passionnant. L’apprentissage qui nous fait homme.
    L’Afrique « infernale » qui fait à la fois rêver et toucher du doigt ce qu’ont connu nos très grands anciens, des moments très forts sur la famille.
    La fin de la lecture est frustrante, tellement on aimerait que ce livre ne se finisse pas.
    Assurément aussi passionnant (et bien écrit) que nombre de Goncourt !
    A lire sans modération !

  2. Matthieu - at - - répondre

    J’ai dévoré ce livre, adoré ce très beau récit et la qualité de toutes ces descriptions, l’impression d’entendre les bruits de l’Afrique, de sentir les odeurs tropicales, comme si un film défilait sous les yeux à mesure que l’on lit… Bravo bravo pour cette oeuvre personnelle.

  3. Florence - at - - répondre

    Ce qui séduit immédiatement dans ce très beau livre, c’est l’écriture : fluide, maîtrisée et en même temps personnelle, naturelle. Elle est en adéquation splendide avec la profondeur des émotions, établit la distance adéquate avec l’ordre des sentiments, par cette pudeur qui traverse à la fois le récit, l’esprit des personnages, et le regard sur un sujet semé d’embûches. Habitée par cette pudeur même et grâce à ses tonalités d’humour tendre, l’écriture nous place, comme lecteurs, dans une proximité privilégiée, comme une invitation généreuse à faire partie d’une nouvelle famille.
    Cette qualité-là est au cœur même du point de vue adopté face à un sujet ardu, délicat et sensible : le jugement sur un passé souvent embarrassant et ses protagonistes n’est jamais une leçon de morale péremptoire. Tant s’en faut. Dans l’esprit du père, l’auteur en appelle à une observation retenue et revenant toujours à ce qui nous relie tous, notre imparfaite humanité face aux grands mouvements de l’Histoire. En tant que lecteurs, de nouveau, nous voici invités à une douceur du regard, une tolérance qui ne nous laisse pourtant pas d’autre choix que d’interroger nos certitudes. En même temps, l’auteur parvient à réaliser ce pari d’équilibriste, de nous y inciter tout en respectant notre liberté de pensée et notre individualité émotive.
    Une des leçons de ce livre est que nous ne sommes pas obligés de participer à ce qui dans notre monde heurte nos consciences, sans être dans une confrontation belliqueuse ni manquer de courage. Incarnés au cœur profond du récit, ces enseignements sont proposés avec la réserve qui caractérise ce livre. J’en retiendrai une, qui parle à mon âme de voyageuse :
    « Découvrir le monde suppose qu’on n’oublie pas d’où l’on vient pour rayonner à partir d’un nombril originel qui offre la possibilité à chaque minute troublante de revenir sur ses pas pour avoir, paradoxalement, la force de poursuivre. » (p.102)

    Une bien belle plume !

  4. Carthé Anne-MArie - at - - répondre

    L’auteur, Jean-Louis Lesbordes, à travers l’histoire de son père, nous entraine dans l’époque coloniale, en Afrique. Une plume franche et pudique à la fois, qui rend compte des réalités de la vie dans les colonies.

    Lire « D’ébène et d’or » c’est savourer une écriture pleine d’humour, vivante comme les accents de « La gloire de mon père » de Marcel Pagnol. Sous les anecdotes qui font sourire, ou réagir d’une façon ou d’une autre, l’auteur exprime des sentiments forts en décrivant des personnages hauts en couleur, et sous une apparence légère parfois, des questions profondes sont couchées sur le papier : notre rapport à l’autre, notre humanité, notre capacité à accepter la différence. Quand on a la chance d’avoir entendu l’auteur parler de son livre, le lecteur se laisse surprendre, car c’est Jean-Louis Lesbordes qui nous parle au creux de notre oreille et on perçoit avec bonheur sa verve.

    La géo-biographie de Jean-Louis Lesbordes, publiée par Sylvie Darreau, est, comme toutes les géo-biographies qui figurent à la fin des romans de La Cheminante, magnifiquement écrite, avec le souci de nous faire entendre les battements du cœur, la sincérité de l’auteur et son désir de partage avec ses lecteurs
    Merci à Monsieur Jean-Louis Lesbordes de nous offrir ce moment de lecture, aux éditions La Cheminante, à Fred Ebami pour la superbe couverture.
    Anne-Marie Carthé

  5. Daniel - at - - répondre

    Ce livre est superbe, attachant, bien écrit, on s’y croirait : j’admire cette plume précise, chaleureuse.

  6. Jacques - at - - répondre

    « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans ! » disait Baudelaire. Il devait penser à vous en disant celà .

    Mille ans ? J’avoue que la dernière fois que je vous ai vu, vous ne faisiez pas votre âge !

    J’ai lu votre livre en deux jours je le regrette, j’aurais du faire durer le plaisir. Ce voyage au fil de l’eau de la Midouze et de l’Ogooué m’a captivé, moi qui ouvre si peu de livres !

    Vous êtes comme le narrateur de la Recherche du temps perdu, pour vous plutôt le Temps passé ! La madeleine de Proust lui a donné l’envie. La votre vous a donné la Vie !

    Vous évoquez très souvent la mort tout au long du livre ; mort pendant la guerre mort par accident mort par suicide mort naturelle ! Est-ce le médecin qui perce dans le récit , comme les guingassons de votre ébéniste de père ? Merci cher docteur et bravo ! Vous êtes un authentique conteur ! Tendre, pudique et réaliste en même temps !

  7. Francis - at - - répondre

    J’ai lu avec grand plaisir cette histoire d’un homme à la recherche d’aventures et en quête de soi racontée par son fils.
    C’est d’abord un hommage filial mais il y a plus… un vrai roman, un authentique reportage dans le sillage de grands écrivains voyageurs comme
    Joseph KESSEL ou J. CONRAD : dépaysement, exotisme, exactitude du reportage, style simple, direct et suggestif, observation vraie du réel sans artifices.
    Un excellent moment de lecture.

Laissez un avis

*

20,00 € TTC