COUV L'ATELIER DE SEVERE D'ANNE-MARIE CARTHE Site

Informations

  • Genre: : Roman
  • Supports: : Livre papier
  • Pages: : 168
  • Format: : 14x19 cm
  • ISBN: : 9782371270947

Présentation de l'ouvrage

Ce troisième roman d’Anne-Marie Carthé sonde
l’univers intérieur de Sévère, artiste peintre, qui
s’obstine à percer un mystère.

 

Obsédé par la nouvelle de Balzac, Le Chef-d’œuvre inconnu,
Sévère prend du recul sur sa peinture tout en
tentant de se rapprocher de la perfection.
Entre le Gers, l’Espagne et le Portugal − géographie
où circulent les oeuvres de l’artiste dans le monde
de l’art contemporain − Sévère évolue d’une
manière décalée très attachante.

 

La clé de sa quête artistique va résider dans la
révélation d’un secret familial lié à l’histoire
taboue des enfants volés du franquisme…

 

L’horizon qui s’ouvre à lui libère les émotions et
les sentiments jusque-là pétrifiés par le silence
de la grande Histoire.

L’existence de Sévère se déploie en parfaite
harmonie avec une nature sublimée par la plume
poétique d’Anne-Marie Carthé.

 

À lire à la suite du roman, la nouvelle d’Honoré de Balzac :
Le Chef-d’œuvre inconnu.

 

 

Portrait d'Anne-Marie aux livres

 

 

Début du roman :

 

Le temps consume ce qui ne lui appartient pas.
Dans le poêle à bois qui avale, sans se plaindre, les papiers froissés et déchirés, les toiles dilacérées et les châssis démontés parce que, parfois, le découragement est trop grand, les braises chuchotent encore. Sévère Ehtrac vient de s’endormir, assis sur une chaise maculée de brais*, de plâtre, de résidus de gomme mie de pain* amalgamés aux gouttes de vernis et de traces de peinture formant, avec un brin d’imagination, des gerbes de fleurs inopinées. L’homme a les bras ballants, le menton sur sa poitrine, la tignasse grasse. Ses jambes raides, tendues et écartées, reposent sur le talon de ses espadrilles, du moins ce qu’il en reste. Sous l’une des semelles de corde, est restée collée une carte de visite sur laquelle est inscrit : « Nous repasserons. Très cordialement. Jane et Pietro Esperanto. »
Sévère a laissé tomber, sur le sol poisseux, un pinceau éventail* imprégné d’un liant épais qui en séchant durcit les poils de martre, immanquablement. L’outil abandonné, finira entre deux bûches incandescentes. Sa blouse est jetée sur le sol, recouverte de tant de couches de peinture, qu’elle pourrait tenir debout. Le poste de radio tente de se faire entendre sous un tas de chiffons poissés et imprégnés d’huile légère de houille. Un livre coiffant un globe terrestre vient de choir en se refermant dans un bruit mat. Une cétoine dorée* trépasse dans une coupelle remplie de colle. Les pinceaux pour vernis prennent un bain d’essence de térébenthine à l’odeur irritante. Une mouche domestique s’improvise funambule sur le bord d’une boîte de conserve remplie d’eau, dans laquelle trempent des pinceaux à filets*, à brèche*, en oreille de bœuf*. L’insecte s’envole tout d’un coup et vient se poser, à la manière d’un grain de beauté, sur le nez bourbonien de Sévère et le fait sursauter. Il fronce ses sourcils drus, ouvre un œil, puis l’autre, et visse son regard atone sur la pendule accrochée à une chaîne fixée à la poutre. « Déjà » bougonne Sévère en triturant les poils de sa barbiche, ressemblant davantage à un pinceau chinois de plumes de coq qu’à une barbe à l’impériale bien lustrée.

Autour de lui, c’est sans surprise qu’il constate le capharnaüm révélé par la lumière décapante du jour. La chose est coutumière.

Sévère a travaillé toute la nuit sur une toile plus grande que lui.
Le vent se lève et l’odeur subtile du lamier blanc lui parvient.

 

 

Découvrez les autres titres d’Anne-Marie Carthé : « Azaan » et « Mère, mon Algérie »

 

 

AZAAN LECLERC

 

 

azaan-premiere-de-couverture

 

 

Mère mon Algérie, roman populaire

 

 

 

ANNE MARIE CARTHE ET LE PHILOSOPHE

 

 

 

 

 

Anne-Marie Carthé

Anne-Marie Carthé est née en Algérie à Sidi Bel-Abbès. Son grand-père maternel y était né en 1891. Sa grand-mère maternelle, née en Espagne à Elche, arrive en Algérie âgée d’à peine trois mois. Sur le versant paternel, son grand-père est né à Saramon dans le Gers, sa grand-mère à Saint-Nicolas-de-la-Grave dans le Tarn-et-Garonne. Et au final la filiation de trois générations est bien là avec son père né à Mostaganem et sa mère à Sidi Bel-Abbès. Une sorte de polarisation scelle le destin de cette famille à Sidi Bel-Abbès, même si d’autres villes et villages algériens, l’Espagne et le Sud-Ouest de la France y ont leur place. Un destin familial brisé en route et dont le souvenir vivra plus vrai que nature dans le cœur, l’âme et l’esprit de ses survivants. Avant la chute de l’histoire algérienne de cette famille comme tant d’autres, Anne-Marie Carthé a pu saisir la fulgurance de la beauté du monde, engranger la simplicité du présent et les idées altruistes de ses parents enseignants. Une géographie qui offre un chant polyphonique entre le valencien, le castillan, l’oranais et le français où s’arrime un multiculturalisme entre communautés musulmane, juive et chrétienne. Puis soudain, entre les fleurs, les bombes. Incompréhensibles. Basculement du plaisir du vivre-ensemble sur le versant sombre et nocturne de la vie : la guerre. Après de trop longs mois d’angoisse, ses parents demandent à Anne-Marie – huit ans – de choisir l’objet qu’elle souhaite emporter. Sa poupée est du voyage. Amie, sœur, confidente. Le survol de la Méditerranée aimée et trop tôt quittée est une larme inscrite dans le cœur, qui va mettre plus de cinquante ans à se libérer. Son père qui aimait peindre et dessiner, lui transmet sa passion. Inscrite à l’école ABC de dessin puis, adolescente, à l’école universelle de dessin, elle gagne des concours encourageants. Un baccalauréat arts plastiques à Bayonne la propulse vers l’École des beaux-arts de Toulouse où après cinq d’études elle obtient le Diplôme national des beaux-arts – option design et architecture d’intérieur. Son mémoire porte sur la création d’un objet industriel : une pince télescopique et ergonomique préhensile à système hydraulique, servant à ramasser ou tenir des objets allant jusqu’à un kilo. Cet objet à pour objectif de rendre plus autonome les personnes en fauteuil roulant. Création symbolique… Les bombes d’Algérie ayant emporté quelques bras, jambes et autres membres de corps innocents. Symbolique aussi le destin de cette pince : l’industriel qui fabrique son prototype en déposera le brevet sans se soucier de sa conceptrice. Anne-Marie Carthé doit trouver va voix et sa voie ailleurs. Elle poursuit son chemin en architecture, agencement intérieur, création de mobilier. Cette spécialisation non plus n’est pas anodine. (Re) création d’intérieur ?... (Re)création de mobilier ?... L’architecture, cette discipline qui permet de (re)construire le monde, son nid… Elle ouvre son propre bureau d’étude à Anglet, puis à Oloron-Sainte-Marie. Après Sidi Bel-Abbès, son second port d’attache le plus important s’écrit aussi en trois mots… En se posant enfin quelque part, se joue un retour au point de départ de sa vie en France : un retour au père. Le père enseignant et passionné par la peinture et le dessin. Protection et transmission, quand l’Algérie, maternelle, a trahi. Anne-Marie change de cap professionnel, obtient son Capes et devient enseignante puis conseillère pédagogique en arts plastiques dans l’éducation nationale. Ici une autre transmission est en jeu. Celle du père et de la mère. La laïcité chérie comme a été chéri le multiculturalisme de l’Algérie des classes moyennes. Celle des valeurs familiales et amicales partageables entre tous, même si parfois, et de plus en plus souvent, montaient des inégalités flagrantes. On se souvient du père enseignant d’Assia Djebar recevant des lots de chaussures d’hiver de la métropole destinés exclusivement à ses élèves d’origine française, et donc pas à sa fille, au demeurant seule fille de sa classe. Les Algériens – des enfants en l’occurrence – n’étaient donc pas Français dans cette Algérie française ?... Cette interrogation et cette conscience ont permis à Anne-Marie de ne pas sombrer dans le ressentiment. Riche du récit familial des liens amicaux indéfectibles tissés pendant soixante-quinze ans — trois générations, Anne-Marie a conservé et développé en elle ce chant polyphonique et multiculturel. Elle se marie, offre au monde deux garçons. Enseigne vingt ans. Toute une construction du bonheur pour faire face au risque de la mélancolie qui guette toujours l’exilée. Cependant, c’est incontestablement l’art qui sauve l’enfant et donne voie à l’adulte. Ce chemin, Anne-Marie Carthé l’emprunte aussi sur les pas de son père, poète. C’est par l’écriture que tout commence. Des petits carnets à secrets l’accompagnent depuis toujours. Seule la poésie est à hauteur du pire, viatique contre l’enfer, baume du quotidien, soleil des lendemains. Pour Anne-Marie, la poésie est une petite fabrique à images, que la peinture en parallèle fabrique en grand. Car ce petit bout de femme s’attelle dans son travail de plasticienne à de très grands formats aux thématiques souvent sombres pendant que sa poésie chante en écho la douceur qui habite son cœur. Sa mère qui habite son cœur ? Sa maman et sa terre natale. Au final, le plus important pour Anne-Marie, c’est la littérature, inspiratrice première et continue de toute sa création. Tout part de ce champ ouvroir d’imaginaires, de contrées insoupçonnées, de liberté et d’altérité. Passer du côté du roman, c’est donner corps – palpable – à l’autre.

2 Avis

  1. Jean-Louis Lesbordes - at - - répondre

    Je me suis régalé du style et de l’histoire. Je situe ce roman entre Metin Arditi qui est un de mes auteurs préférés avec en particulier « L’imprévisible » et « Le Turquetto » et une autre auteur Isabelle Condou qui a écrit un livre qui s’appelle « La Perrita ».
    J’ai trouvé ce récit magnifique, bien mené avec un final somptueux. La nouvelle de Balzac est très belle et remarquablement utilisée. Très, très belle écriture. A lire absolument.

  2. Marie-Hélène - at - - répondre

    Je suis entrée dans l’atelier de Sévère, c’est comme si j’y étais, tout est décrit avec précision, on imagine le lieux, ainsi que le personnage, particulier, mais attachant, on a envie de l’aider à percer son mystère. Coline est une belle personne également, au passé douloureux. L’histoire est émouvante et on a hâte de page en page de découvrir ce secret familial. On retrouve toujours dans tes romans, cette belle poésie qui nous fait voyager, qui nous apaise. Petit clin d’oeil à Plaisance et à cette magnifique et mystérieuse Andalousie. J’ai beaucoup aimé cette histoire, félicitations et surtout continuez d’écrire pour notre plus grand plaisir.
    Merci à Sylvie Darreau d’avoir publié ce roman.

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