9782371270152-netre

Informations

  • Genre: : Roman
  • Supports: : Livre
  • Pages: : 144
  • Format: : 11x15 cm
  • ISBN: : 9782371270152

Présentation de l'ouvrage

N’être, le roman événement de Charline Effah aux éditions La Cheminante

Charline Effah explore dans ce roman des relations mère-fille qui abordent de plein fouet la question de la couleur de peau et de la ségrégation.

Un vécu qui pervertit la sexualité de l’héroïne dans une société où règne la violence conjugale.
Au-delà de la torpeur, la dignité et des retrouvailles inattendues ouvrent l’horizon d’une naissance à soi-même.

La densité et la précision de l’écriture de Charline Effah pour déployer le cheminement psychologique et affectif de ses personnages sont littéralement envoûtantes.

Les médias en parlent :

Dans Jeune Afrique : 

ART ALAIN MABANCKOU SUR N ETRE DE CHARLINE EFFAH

http://gangoueus.blogspot.fr/2015/04/charline-effah-n-etre.html?m=1
http://revistamito.com/netre-le-nouveau-roman-de-charline-effah/
http://valetsdeslivres.canalblog.com/archives/2014/10/24/30827906.htm

La belle note de lecture de Sami Tchak

« N’être ou ne pas naître : Charline Effah »

Il y a deux jours, j’ai reçu N’être, le nouveau roman de Charline Effah. Je l’ai lu. Dense, il se lit cependant facilement (généralement, de ma part, dire d’un texte qu’il se lit facilement, cela constitue un jugement négatif, car les romans denses, complexes, même ceux qui sont courts comme La mort à Venise ne se lisent pas facilement. Même lorsqu’ils sont écrits dans le style ciselé, limpide, de Maupassant, ils exigent de nous une attention soutenue).

Pour résumer ce texte en une phrase, on dirait: le questionnement d’une relation entre une fille et sa mère (je ne parle pas de la relation fille-mère, car l’histoire racontée ici est celle d’une fille bien précise, avec une mère bien précise, donc une histoire, une expérience personnelles). En réalité, c’est de l’amour dans son sens général, sous nombre de ses facettes, qu’il s’agit. L’écriture d’une finesse, poétique, s’insinue dans les fêlures, les déguisements, les mensonges, les hypocrisies, les contradictions qu’engendre l’amour…. La condition féminine ? Oui, il en est aussi question. Le père ? Bien sûr, dès que l’on parle d’une mère ! Je m’arrête là.

Ce roman, dans un petit format, aux éditions La Cheminante, ravirait plus d’un. Je me suis depuis un moment dit que des espaces comme une page facebook sont moins appropriés pour des articles, des chroniques de lecture. Je me trompe peut-être, mais j’ai fait le choix, pour tout texte qui m’a parlé, d’en proposer plutôt quelques extraits qui en disent suffisamment sur le style de l’auteur et donnent envie d’aller à sa rencontre ou de le fuir.

Extrait 1 :

« On ne peut réinventer l’amour. On prend celui qu’on nous donne, comme on nous le donne et quand on nous le donne. Et c’est bien la toute l’ironie de l’amour. Ironie qui justifie ma présence face à cette maison et à sa sarabande de souvenirs. Face à cette porte juste entrouverte comme pour me laisser entrer, en espérant, au fond, que j’y renonce. Pourtant le renoncement n’est pas un choix. Il s’impose quand l’entêtement nous pousse dans nos derniers retranchements et crée en nous un séisme profond, réduisant en lambeaux ce que nous avons été et ce que nous ne serons peut-être plus jamais. » page 25

Extrait 2 :

« Je m’appelle Lucindo Bidzo et j’ai vingt-neuf ans. Je vous prie de me pardonner de venir ainsi, alors que vous ne m’attendiez pas, alors que vous aviez mieux à faire que de m’ouvrir votre porte. Mais moi, je ne sais être rien d’autre que ça: une intruse. De toute ma vie,je n’ai su faire que ça: déranger, chambouler, éclater des vies et constater, dans les débris épars, les raisons de ma propre perte. » page 27

Extrait 3 :

« Je pouvais tout lui dire. Il comprenait, excusait, supportait et savait faire preuve d’une remarquable tolérance. Sa seule aversion: les hommes. Ceux que j’avais séduits, manipulés, trompés et trahis, bernés, abusés. Avec lui, j’en étais à regretter d’être née femme parce qu’un fait était indiscutable, si, par le plus improbable des hasards, j’avais été un homme et Elvis une femme, je l’aurais épousé vite fait. Mais comme ce scénario resterait du domaine des choses insaisissables, j’avais jugé bon de ne point me jeter corps, âme et esprit, dans une toquade… » pp 33-34

Extrait 4 :

« J’avais laissé un message sur le répondeur de son téléphone portable, l’informant que, cette fois-ci, la rupture avec Amos était définitive. Après avoir fait un tour à la boulangerie pour prendre des viennoiseries, Elvis avait sauté dans le premier métro. Il envisageait que nous passions l’après-midi ensemble: moi, étouffant des sanglots, feignant d’être heureuse de m’être enfin débarrassée du ralentisseur qui suçait mon temps, ma vie et ma beauté depuis deux ans; lui, se contentant de ma présence placide et indifférente. » pp 69-70

Extrait 5 :

« Pardonner.
Je songe à tes errements.
Et j’ai de la peine, je suis triste, meurtrie.
Je songe à tes rêves.
Et j’espère, je veux, je souhaite.
Qu’un jour les égarements de ton cœur.
Ne seront plus de ma faute.
Je referme la baie vitrée.
Comme une page qui se tourne. »

page 132

Portrait de Charline Effah :

PORTRAIT CHARLINE EFFAH

 

Charline Effah

Naître au nord du Gabon dans la ville de Minvoul, d’un père avocat et d’une mère institutrice, campe d’emblée une personnalité qui devra s’affirmer dans son rôle de fille aînée. À Libreville où sa famille habite peu après sa naissance en 1977, Charline Effah découvre rapide¬ment l’infini plaisir de lire, non par sa mère institutrice qui lui transmet l’impératif catégorique des études, mais par la bibliothèque de son père où elle s’embarque dans Les Hauts de Hurlevent acquérant définitivement, sans le savoir encore, la passion des mots. Issue de parents aux métiers de parole, elle se passionne dès son plus jeune âge pour le chant, puis pour le théâtre qu’elle pratique après son baccalauréat pendant un an à Libreville au Théâtre express qui forme aux métiers de comédien, dramaturge et metteur en scène. Une année très formatrice pour la vie, juste avant que le sérieux des études ne la rattrape, l’aidant certainement à affirmer sa position d’aînée, mais plus que tout, orientant sa vie vers l’écriture. Une thèse sur la littérature française la propulse à Lille. Au moment du départ, l’appréhension est grande de ce passage d’un continent à l’autre, du sud au nord, du chaud au froid, du cocon familial au risque de l’étranger. Heureusement, la langue française l’accompagne comme une mère aimante et protectrice. Puis, dès son arrivée à Lille, une seconde mère symbolique surgit au devant d’elle : une dame qui lui propose de l’aider à porter ses bagages dans le métro. Toutes ses appréhensions tombent à cet instant et si ce n’était l’opportunité d’une promotion professionnelle en Ile de France, Charline n’aurait jamais quitté Lille, Villeneuve-d’Ascq et cette région du Nord, où la chaleur du cœur remplace la froidure du thermomètre. Avant Lille, une autre géographie s’était ouverte à elle grâce à l’autre métier de sa mère institutrice, celui de femme d’affaire, mère de trois filles et d’un seul fils. Un métier en parallèle qui montre aussi, au-delà de la part visible masculine des sociétés africaines, la place grandis¬sante des femmes dans l’équilibre économique du foyer et au-delà, dans le développement économique du grand continent. Ce second métier de sa mère lui ouvre l’horizon de l’Afrique de l’Ouest, et notamment du Togo, auquel il s’agit de vendre un des merveilleux tissus africain : le wax. Étudiante, Charline Effah aura aussi l’occasion de découvrir la Côté d’Ivoire et d’aller se recueillir à la cathédrale de Yamoussoukro. La dimension spirituelle qui émane de ce lieu lui permet de se connecter au syncrétisme qui l’anime, de sa chrétienté acquise - son grand-père maternel fut pasteur - à son animisme africain « naturel ». De la Côté d’Ivoire, elle retient aussi un rapport enjoué et créatif à la langue française, délicieusement réinventée par les Ivoiriens en fonction de chaque situation. Chemin faisant, il lui a fallu un moment travailler dans les assurances, puis enseigner dans un autre domaine, celui des études médico-sociales, où Charline Effah - il n’y a pas de hasard - devient auteur d’un manuel pour les classes préparatoires. Cependant, avouer des maux de tête quand elle n’écrit pas, c’est bien exprimer ce quelque chose sans quoi la vie n’a pas de goût. Passion dévorante à laquelle elle décide à présent de se vouer intégralement sur le versant fictionnel, où elle peut inventer des personnages plus que réels, et se plonger allègrement dans leur psychologie. Encore un symbole fort dans son parcours, elle aime aussi la peinture, et particulièrement le tableau de Delacroix, Femmes d’Alger dans leur appartement, qui inspira la grande écrivaine algérienne académicienne française Assia Djebar dans son roman éponyme. Un tableau qui raconte d’emblée l’histoire de chaque femme et permet d’imaginer la psychologie de chacune au sein de ce lieu oriental clos. Un tableau qui est en soit déjà un livre... La quête de Charline Effah se lit comme une évidence : écrire, pour être.

8 Avis

  1. Anne-Marie Carthé - at - - répondre

    Un roman où la puissance des sentiments nous enveloppe de façon tenue. Entre donner la vie ou vouloir naître et simplement être, entre refuser d’être et vouloir renaître… L’auteur touche la pointe du cœur pour le faire battre encore et encore. Les non-dits plus retentissant que les cris, la dureté qui cache la tendresse… Des personnages attachants, plein d’humanité.
    Merci Madame Charline Effah.

  2. Marie Edith - at - - répondre

    Ce roman. Oh ce roman! une écriture envoûtante et puissante.
    La relation mère-fille écrite entre poésie, tragédie et sagesse.
    J’ai souligné des phrases entières. J’ai relu des chapitres, des extraits.
    Si j’étais musicienne, je mettrai ce texte en musique. Si j’étais réalisatrice, j’en ferai un film. Le film de la femme debout, devant la porte. Tout un programme.
    merci à l’auteur pour ce merveilleux voyage entre les lignes. C’est pour ce genre de sensibilité que j’aime la littérature. Une écriture habitée. Ici il n’est pas question d’une écrivaine de plus parmi la nuée. ici il est question d’un univers.
    Marie Edith P

  3. Ndaz Nda Zoa - at - - répondre

    Je l’ai lu. D’une traite comme tout le monde. Que te dire? Sinon merci?
    Merci de rappeler que nos renoncements, nos manquements de parents (particulièrement de mère) aujourd’hui, feront (peut-être) demain, de nos enfants (particulièrement de nos filles) des quémandeuses en tout : d’amour, de mariage, de foyer, d’enfants, de place dans la société, bref de vie… Des « N’ETRE ».
    Etre parent est un métier à part entière où l’incompétence est payée cash par ceux qui nous sont le plus chers au monde : nos enfants. Roman à mettre entre les mains de tous les papa et maman, surtout de filles.

  4. Mai - at - - répondre

    Un livre magique, puissant, quasi étouffant que je vous recommande vivement.
    Merci Agnès pour cette découverte. On entre surtout dans la deuxième partie du livre comme si on entrait dans un champ de bataille : toutes les filles de mères africaines, en particulier, et internationales, probablement, se reconnaîtront dans ce chapitre :*
    Bravo à Charline Effah pour sa truculente et envoûtante écriture.

  5. Ariane - at - - répondre

    Lucinda est jeune femme forte et belle dont les légers défauts sont ceux d’avoir une mère et d’aimer un homme. C’est du moins ce que l’on retient de « N’être » de Charline Effah, une plongée dans notre intériorité à travers celle de la narratrice. Dans ce livre de seulement une centaine de pages, les mots sont comme une thérapie, comme une arme pour ostraciser un passé inoubliable, un présent diffus et un futur en fuite. Un passé marqué par des relations compliquées avec son non-père ; un présent de conflits amoureux avec Amos, l’amour de sa vie, l’amant, l’homme mariée à une autre ; un futur invisible, imaginé seulement, avec, pour point fixe, le désir de vivre pleinement sa vie de femme, une vie différente de celle de sa mère, Medza. Une mère omniprésente qui occupe d’ailleurs l’intégralité de la deuxième partie du roman. Lucinda ose y confronter la grande figure maternelle à force de tutoiements et d’accusations : « […] Désormais, j’ai encore plus peur qu’avant. Peur de l’amour. Peur de ton regard intimidant dans cette embarrassante hostilité, avilie et abjecte, dans laquelle j’ai vu la déchéance de l’instinct maternel » (P.108).

    On retient son souffle au fil des pages, assistant, comme médusé, au spectacle du combat silencieux de Lucinda face au dinosaure que représente la figure supposée inattaquable de la mère. C’est que, Lucinda, dans une tentative de réappropriation de son identité, ressent le fort besoin de détruire celle que sa mère lui a construite sans son autorisation : « C’est comme si toi et moi, nous étions sous l’emprise d’une fatalité, comme si nous portions les mêmes chaînes sans qu’aucune ne soit parvenue à s’en défaire librement, comme si nous avions laissé l’amour de l’homme nous broyer, comme si nous avions laissé l’homme broyer l’amour que nous avons de nous-mêmes » (P.137). La polysémie du titre « N’être » nous donne une piste assez claire du projet de Lucinda : il s’agit probablement de naître une seconde fois en recréant dans la négation (N’) de ce passé maternel et transmissible par le genre, un nouvel être, plus en accord avec la narratrice. La forme épistolaire de cette deuxième partie ne doit cependant pas nous tromper : Lucinda ne dira jamais ces mots qui lui brûlent pourtant les lèvres.
    Grâce à une fantastique maîtrise de la langue, de la temporalité et surtout des métaphores, Charline Effah réussit le tour de force de se saisir du sujet de la condition de la femme, sujet difficile et jamais commun, pour en extraire une substance envisagée sous un jour nouveau. Elle y fait d’une certaine manière le procès du non-dit, moyen de communication privilégié par les mères africaines, en nous livrant une Lucinda au langage libéré face à une Medza désillusionnée. Du Tropical-Bar à Irvindo, on navigue avec les personnages sur la mer trouble de leur sentiment. Un livre à transmettre de mères en filles, avec l’espoir qu’un lien plus fort que celui du sang finisse par unir les unes aux autres.

  6. imane acyf zertys - at - - répondre

    « N’Etre ». p.26.
    Simple, facile à lire, Charline Effah aborde en général les différentes facettes de l’amour. Charline Effah ne cessera de monter crescendo vers les sommets de la littérature Africaine.

  7. imane acyf zertys - at - - répondre

    « N’Etre » de Charline Effah implicitement m’interpelle. sans passer au bleu le thème majeur qu’est l’amour entre fille et mère, la relation ardue entre les deux. mais ce texte arbore les voies du sens de la vie. Charline Effah est une force qui va, pour ainsi reprendre les propos de Victor Hugo.

  8. Thierno Hady Sidibé - at - - répondre

    Je ne cesse de savourer N’ETRE de Charline Effah.
    Etalant d’un style à la fois poétique et expressif, Charline Effah nous entraîne dès l’ouverture de son roman dans un univers sans barrière. La figure de Medza est d’un réalisme époustouflant et elle la montre de la plus belle manière en cassant le souffle de sacralité qui couvre les figures maternelles. Dans une société où l’attention et l’amour cèdent la place aux idées réussies, la morale est soutenue par la convention sociale. Qui d’entre vous n’a pas honte de dire le « bâtard », celui-là même qui vient au monde alors qu’il n’est pas attendu. Et pourtant, Lucinda en a, comme si cela ne suffisait déjà pas à faire de N’ETRE un chef- d’œuvre, Maman Effah utilise les tournants de la vie pour en venir à une émouvante retrouvaille de Medza et de Lucinda.
    On ne lit pas le roman N’ETRE on le vit.

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